Créer sa SNC conformement au droit OHADA
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En savoir plus sur la SNC
La Société en Nom Collectif (SNC), réglementée par les articles 270 à 292 de l'Acte Uniforme OHADA relatif au droit des sociétés commerciales, représente l'archétype des sociétés de personnes. Elle se distingue par l'engagement personnel particulièrement intense de ses associés, tous tenus indéfiniment et solidairement des dettes sociales, traduisant ainsi la prééminence de l'intuitu personae dans cette forme sociale.
Cette forme sociale, fortement marquée par la confiance mutuelle entre associés, se caractérise par l'attribution automatique de la qualité de commerçant à tous ses membres. Cette particularité, prévue à l'article 270 de l'AUSCGIE, en fait un instrument juridique particulièrement adapté aux entreprises familiales ou aux groupements d'entrepreneurs liés par des relations étroites de confiance.
La SNC incarne la conception traditionnelle de la société-contrat, où l'engagement personnel des associés prime sur l'aspect capitaliste. Cette prééminence se manifeste tant dans son organisation que dans son fonctionnement : responsabilité illimitée et solidaire des associés, participation active à la gestion, et forte restriction à la cessibilité des parts sociales.
Le législateur OHADA a conçu pour la SNC un régime juridique qui reflète cette nature personnaliste. La société bénéficie d'une grande liberté dans son organisation interne, contrebalancée par des règles impératives protégeant les tiers, notamment à travers la responsabilité étendue des associés qui constitue la garantie essentielle des créanciers sociaux.
L'étude de la SNC nécessite d'examiner successivement sa constitution, qui met en évidence l'importance de la qualité des associés (I), son fonctionnement, marqué par une grande liberté statutaire (II), le régime des parts sociales caractérisé par d'importantes restrictions à leur transmission (III), avant d'aborder les modalités spécifiques de sa dissolution (IV).
I. LA CONSTITUTION DE LA SNC
A. Les Conditions de Fond
La constitution d'une Société en Nom Collectif repose sur des conditions de fond spécifiques qui reflètent son caractère fortement personnaliste. L'article 270 de l'AUSCGIE pose le principe fondamental selon lequel tous les associés ont la qualité de commerçant et répondent indéfiniment et solidairement des dettes sociales.
1. Les Associés
La qualité d'associé dans une SNC revêt une importance particulière. En effet, l'attribution automatique de la qualité de commerçant impose des conditions strictes d'accès à cette forme sociale. Les associés doivent avoir la capacité d'exercer le commerce, ce qui exclut les mineurs non émancipés, les majeurs sous tutelle ou les personnes frappées d'interdiction d'exercer une activité commerciale.
La société doit comprendre au minimum deux associés, sans qu'un maximum ne soit fixé. Cette exigence de pluralité s'explique par la nature même de la SNC, conçue comme une collaboration étroite entre entrepreneurs. L'intuitu personae est ici à son paroxysme, la confiance mutuelle entre associés étant essentielle compte tenu de leur responsabilité solidaire.
2. Les Apports et le Capital Social
Le législateur OHADA fait preuve d'une grande souplesse concernant le capital social. Aucun minimum n'est imposé, laissant aux associés la liberté de déterminer le montant qu'ils jugent nécessaire à la réalisation de l'objet social. Cette flexibilité s'explique par la garantie que représente la responsabilité illimitée des associés pour les créanciers sociaux.
Les apports peuvent prendre trois formes :
- Les apports en numéraire, traditionnels et toujours admis ;
- Les apports en nature, soumis à évaluation ;
- Les apports en industrie, expressément autorisés dans la SNC, traduisant l'importance accordée à l'engagement personnel des associés.
3. L'Objet Social
L'objet social, qui doit être licite et déterminé, revêt une importance particulière dans la SNC car il délimite non seulement le champ d'activité de la société mais également l'étendue de l'engagement des associés. La société étant commerciale par la forme, son objet peut être civil ou commercial, sans incidence sur la qualité de commerçant des associés.
B. Les Conditions de Forme
1. L'Établissement des Statuts
Les statuts doivent être établis par écrit et comporter les mentions obligatoires prescrites par l'article 13 de l'AUSCGIE. Une attention particulière doit être portée à la rédaction des clauses relatives à la gérance et aux conditions de prise des décisions collectives, compte tenu de l'engagement personnel des associés.
2. Les Formalités de Publicité
La constitution de la SNC est soumise à des formalités de publicité dont l'accomplissement conditionne l'acquisition de la personnalité morale. Ces formalités comprennent :
- L'enregistrement des statuts;
- L'immatriculation au Registre du Commerce et du Crédit Mobilier ;
- La publication d'un avis dans un journal d'annonces légales .
Ces formalités revêtent une importance particulière dans la SNC car elles permettent aux tiers d'être informés de l'identité des associés, tous tenus indéfiniment et solidairement des dettes sociales.
II. LE FONCTIONNEMENT DE LA SNC
A. L'Organisation de la Direction
La direction de la SNC reflète le fort intuitu personae qui caractérise cette forme sociale. Le législateur OHADA a privilégié une grande souplesse dans l'organisation des pouvoirs, tout en assurant la protection des tiers.
1. La Gérance
L'article 276 de l'AUSCGIE pose un principe supplétif selon lequel tous les associés sont considérés comme gérants en l'absence de nomination spécifique. Cette règle traduit la vocation naturelle des associés à participer à la gestion, cohérente avec leur responsabilité illimitée.
La gérance peut être confiée à :
- Un ou plusieurs associés désignés dans les statuts ou par acte ultérieur
- Un tiers, reflétant la liberté d'organisation laissée aux associés
- L'ensemble des associés, dans le cas du principe supplétif
Les pouvoirs du gérant sont particulièrement étendus. Dans les rapports avec les tiers, il engage la société par les actes entrant dans l'objet social. L'article 277 précise que les limitations statutaires de ses pouvoirs sont inopposables aux tiers, assurant ainsi la sécurité des transactions.
2. Le Contrôle de la Gestion
Le contrôle de la gestion revêt une importance particulière dans la SNC, compte tenu de la responsabilité illimitée des associés. Le législateur leur accorde donc des prérogatives étendues :
- Un droit d'information permanent sur les affaires sociales
- Un droit de surveillance de la gestion
- La possibilité de poser des questions écrites sur la gestion
B. Le Processus Décisionnel
1. Les Décisions Collectives
Le mécanisme de prise de décision dans la SNC traduit l'égalité fondamentale entre les associés. L'article 283 de l'AUSCGIE pose le principe selon lequel les décisions sont prises selon les modalités prévues par les statuts.
Ces décisions concernent notamment :
- L'approbation annuelle des comptes
- La répartition des bénéfices
- La nomination et la révocation des gérants
- Les modifications statutaires
2. Les Modalités de Vote
La loi accorde une grande liberté dans l'organisation des votes, sous réserve de certaines décisions importantes requérant l'unanimité. Cette exigence d'unanimité se justifie par l'engagement personnel des associés et concerne notamment :
- La modification des statuts
- La continuation de la société malgré le décès d'un associé
- La cession des parts sociales
C. Les Droits et Obligations des Associés
1. Les Droits Financiers
Les associés bénéficient de droits financiers proportionnels à leur participation, sauf disposition statutaire contraire :
- Droit aux bénéfices
- Droit au remboursement de leurs apports
- Participation au boni de liquidation
2. Les Obligations
La contrepartie de ces droits réside dans des obligations significatives :
- Obligation de contribuer aux pertes
- Devoir de loyauté envers la société
- Interdiction de concurrence, sauf autorisation des coassociés
Le fonctionnement de la SNC reflète ainsi un équilibre entre la liberté contractuelle laissée aux associés dans l'organisation interne et la protection des tiers assurée par la responsabilité illimitée et solidaire des associés.
III. LE REGIME DES PARTS SOCIALES DANS LA SNC
A. La Transmission des Parts Sociales
La transmission des parts sociales dans une SNC est strictement encadrée, reflétant l'importance fondamentale de l'intuitu personae dans cette forme sociale.
1. La Cession entre Vifs
L'article 274 de l'AUSCGIE pose un principe fondamental : la cession des parts sociales ne peut intervenir qu'avec le consentement unanime des associés. Cette exigence d'unanimité se justifie par la responsabilité illimitée et solidaire qui pèse sur chaque associé. En effet, l'entrée d'un nouveau membre affecte directement les garanties offertes aux créanciers et la cohésion du groupe.
La procédure de cession comporte plusieurs étapes :
- La notification du projet de cession à la société et aux associés
- L'obtention de l'accord unanime des associés
- La rédaction d'un acte de cession
- L'accomplissement des formalités de publicité
2. La Transmission pour Cause de Mort
Le décès d'un associé entraîne en principe la dissolution de la société. Toutefois, l'article 290 prévoit la possibilité d'insérer une clause de continuation dans les statuts, permettant soit la continuation avec les héritiers de l'associé décédé, soit entre les seuls associés survivants.
Cette solution traduit la prééminence de l'intuitu personae :
- Les héritiers ne peuvent être contraints de devenir associés
- Les associés survivants ne peuvent être forcés d'accepter les héritiers comme nouveaux associés
B. La Propriété des Parts
1. Les Droits Attachés aux Parts
La détention de parts sociales confère un ensemble de droits :
a) Droits Politiques
- Participation aux décisions collectives
- Droit de vote
- Droit d'information et de contrôle
b) Droits Financiers
- Participation aux bénéfices
- Droit au remboursement de l'apport
- Quote-part dans le boni de liquidation
2. Les Restrictions à la Libre Disposition
La libre disposition des parts est limitée par :
- L'exigence d'unanimité pour toute cession
- L'interdiction de nantissement des parts sans accord unanime
- La prohibition des clauses léonines dans la répartition des résultats
C. Le Régime de Responsabilité
1. L'Engagement des Associés
La détention de parts sociales emporte une responsabilité particulière :
- Responsabilité indéfinie : engagement sur l'ensemble du patrimoine personnel
- Responsabilité solidaire : chaque associé peut être poursuivi pour la totalité des dettes
- Responsabilité subsidiaire : les créanciers doivent d'abord poursuivre la société
2. La Transmission de la Responsabilité
Le caractère transmissible de la responsabilité se manifeste à plusieurs niveaux :
- Le cessionnaire est tenu des dettes antérieures à son entrée
- Le cédant reste tenu des dettes nées avant la publicité de son retrait
- Les héritiers qui acceptent la succession deviennent responsables des dettes sociales
Ce régime rigoureux des parts sociales constitue la contrepartie nécessaire de la grande liberté laissée aux associés dans l'organisation et le fonctionnement de la société. Il garantit la cohésion du groupe et la protection des créanciers sociaux.
IV. LA TRANSFORMATION ET LA DISSOLUTION DE LA SNC
A. La Transformation de la SNC
1. Les Conditions de Transformation
La transformation d'une SNC est soumise à des conditions strictes prévues par l'article 181 de l'AUSCGIE :
- Une existence d'au moins deux ans
- L'approbation des bilans des deux derniers exercices
- Un actif net au moins égal au capital social
- Une décision unanime des associés
La procédure exige un rapport de transformation et l'accomplissement des formalités de publicité pour assurer l'information des tiers.
2. Les Effets de la Transformation
L'opération n'entraîne pas la création d'une personne morale nouvelle (Art. 182). Elle produit plusieurs effets :
- Continuité de la personnalité morale
- Modification du régime de responsabilité des associés
- Maintien des droits des créanciers antérieurs
B. La Dissolution de la SNC
1. Les Causes de Dissolution
La dissolution peut intervenir pour des causes communes (Art. 200) :
- L'expiration du terme
- La réalisation de l'objet social
- L'annulation du contrat de société
- La dissolution anticipée
Des causes spécifiques sont également prévues (Art. 290) :
- Le décès d'un associé sauf clause contraire
- L'incapacité ou la faillite d'un associé
- L'interdiction d'exercer frappant un associé
2. Les Effets de la Dissolution
La dissolution entraîne la liquidation de la société avec des conséquences importantes :
a) Pour les Associés :
- Maintien de la responsabilité illimitée pendant cinq ans
- Contribution aux pertes selon les statuts
- Droit au partage de l'actif net
b) Pour les Créanciers :
- Conservation des droits contre la société et les associés
- Droit d'opposition au partage
- Maintien des sûretés
Cette organisation rigoureuse de la transformation et de la dissolution reflète le souci constant du législateur OHADA de protéger tant les intérêts des associés que ceux des créanciers sociaux, tout en permettant l'évolution ou la cessation ordonnée de la société.