Créer sa SAS conformement au droit OHADA
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En savoir plus sur la SAS
La Société par Actions Simplifiée (SAS), introduite dans l'espace OHADA par la réforme de 2014, représente une innovation majeure dans le paysage juridique africain. Réglementée par les articles 853-1 à 853-23 de l'Acte Uniforme relatif au droit des sociétés commerciales, elle incarne la volonté du législateur d'offrir aux entrepreneurs une structure sociale alliant flexibilité organisationnelle et sécurité juridique.
Cette forme sociale se distingue fondamentalement par la liberté contractuelle qu'elle accorde à ses fondateurs dans l'organisation et le fonctionnement de la société. À la différence des autres formes sociales, la SAS permet aux associés de définir librement dans les statuts les modalités d'organisation des pouvoirs, sous réserve des dispositions impératives destinées à protéger les tiers.
Le législateur OHADA a conçu la SAS comme un instrument de développement économique adapté aux besoins modernes des entreprises africaines. Elle peut répondre aussi bien aux attentes des grands groupes souhaitant structurer leurs filiales qu'aux besoins des start-ups en recherche d'une organisation souple et évolutive. Cette flexibilité s'accompagne d'une limitation de responsabilité des associés à leurs apports, offrant ainsi une protection patrimoniale comparable à celle des autres sociétés de capitaux.
La singularité de la SAS réside dans sa nature profondément contractuelle. Les associés disposent d'une liberté statutaire étendue pour organiser le fonctionnement interne de la société, répartir les pouvoirs, et définir les conditions des prises de décision. Cette liberté ne trouve ses limites que dans les règles impératives visant à garantir la sécurité des tiers et la protection des intérêts fondamentaux des associés.
L'étude de la SAS nécessite d'examiner successivement sa constitution, qui reflète déjà cette liberté contractuelle (I), son fonctionnement caractérisé par une grande souplesse organisationnelle (II), le régime des actions marqué par une possible restriction de leur circulation (III), avant d'aborder les modalités de sa transformation et de sa dissolution (IV).
I. LA CONSTITUTION DE LA SAS
A. Les Conditions de Fond
1. Les Associés
La SAS se caractérise par une grande souplesse dans la composition de son actionnariat. L'article 853-1 de l'AUSCGIE permet sa constitution par une ou plusieurs personnes. Cette liberté dans le nombre d'associés traduit la volonté du législateur d'adapter la structure aux besoins divers des entrepreneurs africains.
La qualité d'associé dans une SAS n'est soumise à aucune condition particulière de capacité commerciale. Les personnes physiques comme les personnes morales peuvent en être associées. Cette ouverture permet notamment aux groupes de sociétés d'utiliser la SAS comme instrument de structuration de leurs filiales. Toutefois, une SAS ne peut être ni cotée en bourse, ni procéder à une offre publique de titres.
2. Le Capital Social
Le capital social de la SAS obéit à un régime relativement souple. Le montant minimum n'est pas fixé par la loi, laissant aux fondateurs la liberté de déterminer le capital nécessaire à leur projet. Cette flexibilité s'accompagne néanmoins d'exigences quant à la libération et la réalité des apports.
Le capital se divise en actions dont la valeur nominale est librement fixée par les statuts. Le législateur OHADA autorise la création de différentes catégories d'actions, permettant ainsi d'adapter les droits des associés aux besoins de l'entreprise. Les actions peuvent être assorties de droits particuliers, créant une grande flexibilité dans l'organisation des rapports entre associés.
3. Les Apports
La SAS peut recevoir tous types d'apports à l'exception des apports en industrie. Les apports en numéraire doivent être libérés d'au moins un quart de leur montant lors de la constitution, le solde pouvant être versé dans un délai de trois ans. Les apports en nature font l'objet d'une évaluation par un commissaire aux apports, garantissant ainsi la réalité du capital social.
B. Les Conditions de Forme
1. La Rédaction des Statuts
Les statuts de la SAS constituent le document fondamental organisant la vie sociale. Au-delà des mentions classiques requises pour toute société commerciale, ils revêtent une importance particulière dans la SAS en raison de la liberté contractuelle accordée aux associés.
Le contenu des statuts doit notamment préciser :
- Les modalités d'organisation de la direction
- Les conditions dans lesquelles les décisions collectives sont prises
- Les éventuelles clauses restrictives de circulation des actions
- Les droits particuliers attachés aux différentes catégories d'actions
2. Les Formalités de Constitution
La constitution effective de la SAS requiert l'accomplissement de plusieurs formalités successives. L'établissement des statuts est suivi du dépôt des fonds correspondant aux apports en numéraire. Une déclaration de conformité doit être établie, attestant de la régularité des opérations de constitution.
L'immatriculation au Registre du Commerce et du Crédit Mobilier constitue l'étape décisive conférant la personnalité morale à la société. Cette formalité nécessite la production d'un dossier complet comprenant notamment :
- Les statuts signés
- Les pièces relatives aux apports
- Les documents concernant les dirigeants
- Les déclarations de conformité et de régularité
La publicité de la constitution s'effectue par une insertion dans un journal d'annonces légales, assurant l'information des tiers et l'opposabilité de la création de la société.
II. LE FONCTIONNEMENT DE LA SAS
A. L'Organisation des Pouvoirs
1. La Direction de la Société
L'article 853-8 de l'AUSCGIE pose le principe fondamental selon lequel les statuts déterminent librement les organes de direction de la SAS. Cette liberté statutaire constitue l'une des innovations majeures de cette forme sociale. La seule exigence légale impérative concerne la désignation d'un président, représentant légal de la société.
Le président dispose des pouvoirs les plus étendus pour agir au nom de la société dans la limite de l'objet social. Sa responsabilité peut être engagée tant envers la société qu'envers les tiers pour les fautes commises dans l'exercice de ses fonctions. Les statuts peuvent toutefois aménager ses pouvoirs dans les rapports internes, sous réserve des dispositions impératives.
2. Les Organes Statutaires
La grande flexibilité organisationnelle de la SAS permet la création d'organes spécifiques adaptés aux besoins de chaque société. Les statuts peuvent ainsi instituer :
Un directoire pour la gestion opérationnelle, un conseil de surveillance pour le contrôle, des comités techniques pour des missions particulières. L'institution, la composition et les attributions de ces organes relèvent de la liberté contractuelle des associés.
B. Le Processus Décisionnel
1. Les Décisions Collectives
L'organisation des décisions collectives dans la SAS reflète également la prééminence de la liberté statutaire. Les statuts déterminent librement les modalités de consultation des associés, les conditions de quorum et les règles de majorité. Seules certaines décisions fondamentales requièrent impérativement une décision collective, comme la modification du capital ou la transformation de la société.
2. Les Droits des Associés
Le législateur OHADA garantit aux associés certains droits fondamentaux qui ne peuvent être supprimés par les statuts. Parmi ces droits figure notamment le droit de participer aux décisions collectives. Les associés disposent également d'un droit d'information et de communication préalable aux décisions collectives.
C. Le Contrôle de la Gestion
1. Le Commissariat aux Comptes
La désignation d'un commissaire aux comptes devient obligatoire lorsque la SAS dépasse certains seuils fixés par l'AUSCGIE. Sa mission consiste à contrôler les comptes annuels et à s'assurer du respect des règles légales et statutaires. Il dispose également d'un devoir d'alerte en cas de faits de nature à compromettre la continuité de l'exploitation.
2. Les Mécanismes de Contrôle Statutaires
Les statuts peuvent organiser des mécanismes de contrôle spécifiques adaptés aux besoins de la société. Ces mécanismes peuvent inclure la création d'organes de surveillance, la mise en place de procédures d'audit interne, ou l'institution de systèmes de reporting régulier.
La souplesse organisationnelle de la SAS ne signifie pas absence de contrôle. Au contraire, elle permet d'adapter les mécanismes de surveillance aux particularités de chaque société, tout en garantissant la protection des intérêts fondamentaux des associés et des tiers.
III. LE REGIME DES ACTIONS DANS LA SAS
A. La Nature des Actions
Les actions de la SAS représentent des titres négociables qui confèrent à leurs titulaires des droits et obligations dans la société. Ces actions peuvent être de différentes catégories, offrant ainsi une grande flexibilité dans l'organisation des droits des associés. Les statuts déterminent librement les catégories d'actions émises et les droits particuliers qui leur sont attachés.
B. Les Droits des Actionnaires
1. Les Droits Politiques
Les droits politiques des actionnaires dans la SAS peuvent faire l'objet d'aménagements statutaires considérables. Les statuts peuvent ainsi prévoir des droits de vote multiples, des droits de vote conditionnels ou même la création d'actions sans droit de vote. Cette liberté permet d'adapter la gouvernance aux besoins spécifiques de l'entreprise et de ses actionnaires.
2. Les Droits Financiers
Le droit aux dividendes et le droit de participer aux augmentations de capital peuvent également être modulés par les statuts. Il est possible de créer des actions de préférence bénéficiant de droits financiers particuliers, sous réserve du respect de l'interdiction des clauses léonines posée par l'article 854-6.
C. La Circulation des Actions
1. Le Principe de Libre Négociabilité
Les actions de la SAS sont en principe librement négociables. Toutefois, cette liberté peut être considérablement aménagée par les statuts. L'article 853-14 autorise expressément l'insertion de clauses restreignant la circulation des actions, offrant ainsi aux associés la possibilité de contrôler la composition de l'actionnariat.
2. Les Clauses Statutaires d'Encadrement
Les statuts peuvent prévoir diverses clauses régulant la transmission des actions :
La clause d'agrément soumet toute cession d'actions à l'approbation préalable d'un organe social désigné par les statuts.
La clause de préemption accorde aux actionnaires ou à la société une priorité d'acquisition en cas de projet de cession.
La clause d'inaliénabilité permet de bloquer temporairement la cession des actions, sous réserve d'une durée limitée et d'une justification par l'intérêt social.
D. Les Valeurs Mobilières
1. L'Émission de Valeurs Mobilières
La SAS peut émettre diverses valeurs mobilières, à l'exception de celles donnant accès au public à son capital. Cette limitation traduit la volonté du législateur de préserver le caractère fermé de cette forme sociale.
2. Les Opérations sur le Capital
Les augmentations de capital peuvent être réalisées par émission d'actions nouvelles ou par incorporation de réserves. Les modalités de ces opérations sont largement déterminées par les statuts, sous réserve du respect des règles impératives visant à protéger les droits des actionnaires existants.
La souplesse du régime des actions de la SAS permet ainsi d'adapter la structure du capital aux besoins spécifiques de l'entreprise, tout en préservant les intérêts fondamentaux des associés et la sécurité juridique des tiers.
IV. LA TRANSFORMATION ET LA DISSOLUTION DE LA SAS
A. La Transformation
1. Les Conditions de la Transformation
La transformation de la SAS obéit à un régime spécifique qui reflète sa nature particulière. L'article 853-23 de l'AUSCGIE renvoie aux dispositions générales sur la transformation des sociétés commerciales, tout en tenant compte des particularités de la SAS.
La transformation requiert que la société ait au moins deux ans d'existence et que les bilans de deux exercices aient été régulièrement approuvés. L'actif net doit être au moins égal au capital social, garantissant ainsi la viabilité de l'opération et la protection des créanciers.
2. La Procédure de Transformation
La décision de transformation nécessite une modification statutaire selon les conditions prévues par les statuts. Elle doit être précédée d'un rapport du commissaire aux comptes, s'il en existe un, attestant que l'actif net est au moins égal au capital social.
Les associés doivent approuver le principe de la transformation et les nouveaux statuts. Cette approbation doit respecter les conditions de majorité prévues statutairement pour les modifications statutaires.
B. La Dissolution
1. Les Causes de Dissolution
La dissolution de la SAS peut intervenir pour diverses causes prévues par le droit commun des sociétés et pour des causes spécifiques.
Les causes générales comprennent :
- L'arrivée du terme statutaire
- La réalisation ou l'extinction de l'objet social
- L'annulation du contrat de société
- La dissolution anticipée décidée par les associés
Les situations particulières concernent :
- La réunion de toutes les actions en une seule main
- La réduction des capitaux propres à moins de la moitié du capital social
- Les causes spécifiques prévues par les statuts
2. La Mise en Œuvre de la Dissolution
La dissolution entraîne la liquidation de la société. Toutefois, la personnalité morale subsiste pour les besoins de la liquidation jusqu'à la clôture de celle-ci. Un liquidateur est nommé selon les modalités prévues par les statuts ou, à défaut, par décision collective des associés.
3. Les Conséquences de la Dissolution
Les effets de la dissolution se manifestent à plusieurs niveaux :
Pour les associés :
- Conservation des droits jusqu'à la clôture de la liquidation
- Droit au remboursement de leurs apports
- Participation au partage du boni de liquidation
Pour les créanciers :
- Maintien de leurs droits sur le patrimoine social
- Possibilité de faire opposition au partage
- Conservation des sûretés jusqu'au désintéressement
4. La Clôture de la Liquidation
La clôture de la liquidation marque la fin définitive de la société. Elle intervient après :
- L'apurement du passif
- La répartition de l'actif net entre les associés
- L'approbation des comptes de liquidation
- L'accomplissement des formalités de publicité
La radiation du registre du commerce et du crédit mobilier constitue l'ultime étape, marquant la disparition définitive de la personnalité morale.
Cette organisation rigoureuse de la transformation et de la dissolution garantit tant la protection des créanciers que celle des associés, tout en préservant la flexibilité caractéristique de la SAS.